En observant mes chats manger, quelque chose m’a profondément interpellée.
Pendant quelques instants, ils relâchent leur vigilance.
Leur attention se tourne vers l’intérieur.
Ils lâchent ce “qui-vive” qui, habituellement, les maintient en alerte.
Et dans cet instant précis… ils deviennent vulnérables.
Dans le monde du vivant, c’est un moment particulier.
Celui où, pour pouvoir se nourrir…un animal accepte de ne plus être totalement en contrôle.
Un moment où il pourrait, potentiellement, être une proie.
Et une évidence m’a traversée : Nous sommes des mammifères, nous aussi.
Dans notre corps, quelque chose de très ancien fonctionne encore de la même manière.
Se nourrir…demande de lâcher la vigilance.
Et pour cela…le corps a besoin de se sentir en sécurité.
Manger, ce n’est pas un acte anodin :
- C’est ouvrir la bouche,
- laisser entrer,
- intégrer quelque chose en soi.
C’est un acte intime.
Un moment où le corps passe de la protection…à la réception.
Et pourtant…dans nos vies modernes, nous oublions complètement cela.
- Ce que nous absorbons ne se limite pas à l’assiette
Une cliente m’a partagé un jour à quel point elle se sentait envahie par le monde extérieur.
Les informations, les tensions, les émotions…
"Je n’arrive pas à décrocher."
Puis elle ajoute :
"On mange tous les soirs devant le journal de 20h."
Une autre cliente, elle, m’explique :
"Pour gagner du temps, on fait des réunions de travail pendant le déjeuner."
Peu de temps pour manger…et en même temps, des sujets complexes, parfois contrariants.
- Et après ?
- une fatigue importante
- une sensation de lourdeur
- des difficultés à se remettre au travail
Mais en réalité… rien d’étonnant.
Car pendant que nous mangeons… nous sommes ouverts.
Et nous n’absorbons pas seulement de la nourriture.
Nous absorbons aussi :
- les informations
- les émotions
- les tensions
- l’ambiance
Et le corps, lui, ne trie pas. Il reçoit tout.
Alors manger dans le stress,
dans la pression,
dans des échanges chargés…c’est aussi nourrir le corps de ces états.
Et ensuite…nous nous étonnons de :
- mal digérer
- nous sentir fatigués
- avoir le mental agité
Mais comment pourrait-il en être autrement…si le moment même où nous sommes le plus ouvertsest aussi celui où nous sommes le plus exposés ?
Se nourrir demande un espace de sécurité.
Cela ne signifie pas qu’il faut se couper du monde.
Mais peut-être apprendre à faire des choix plus conscients.
Choisir quand s’informer.
Choisir dans quel état se nourrir.
Choisir ce que l’on laisse entrer en soi.
Car au fond… tout est nourriture.
Alors la question devient :
- De quoi vous nourrissez-vous, vraiment ?
De stress ? De pression ? De surcharge mentale ?
Ou… de calme, de présence, de sécurité ?
- La vulnérabilité comme porte d’entrée :
Se nourrir, recevoir un massage, vivre un moment d’intimité…
Tout cela demande la même chose : s’ouvrir.
Et s’ouvrir…c’est accepter de ne plus être totalement en contrôle. C’est accepter une forme de vulnérabilité.
Mais dans un espace de sécurité…cette vulnérabilité devient une force.
Un accès plus profond à soi.
Au corps.
À la récupération.
À la vie.
- Et si prendre soin de vous…
C’était simplement apprendre à créer, chaque jour, des espaces suffisamment sûrs…pour pouvoir vous nourrir pleinement ?
La vie, le bien-être et le bonheur…c’est de l’entretien. À chaque instant.
Amandine Germain
